Une mine de pierres précieuses dans le Ratanakiri. (Photo: Jean Loncle/CSH)
Pas moins d’une soixantaine de compagnies minières ont débuté des travaux de prospection dans le Royaume. D’après les études préliminaires, le pays disposerait de nombreux gisements de bauxite, d’or ou encore de pierres précieuses. À chaque séminaire ou réunion internationale, le gouvernement ne cesse de faire du pied aux leaders du secteur, arguant que les revenus générés serviront de catalyseur au développement du pays.
Problème : les autorités ne communiquent qu’au compte-goutte sur les contrats signés avec les compagnies. Et les soupçons de corruption s’accumulent concernant l’utilisation des millions de dollars glanés lors de l’octroi des licences d’exploration.
BHP, sous enquête de la SEC
Or, des affaires récentes, mettant en cause l’anglo-australien BHP Billinton et le français Total, ont levé le voile sur l’opacité de l’industrie extractive. Le premier est sous le coup d’une enquête de la Security and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés américains. Celle-ci concerne le versement de 3,5 millions de dollars aux autorités pour l’exploration d’un gisement de bauxite dans le Mondolkiri. Quant à Total, l’annonce tardive de la signature d’un contrat de 28 millions de dollars pour une concession gazière et pétrolière dans le golfe de Thaïlande – dont 8 millions à un fonds social, destiné à la construction d’écoles, ou de routes par exemple – a suscité de nombreuses interrogations.
De quoi refroidir les ardeurs des investisseurs qui ne veulent pas se voir impliquer dans une affaire de détournement de fonds. De son côté, la société civile et l’opposition craignent que cette manne ne profite pas aux Cambodgiens.
La première conférence internationale sur l’industrie minière au Cambodge, qui s’est tenue les 26 et 27 mai dernier à Phnom Penh, illustre ces inquiétudes :
L’hôtel-casino de la station climatique du mont Bokor, dans le sud du pays. (Photo: P.M.)
Un décor de maison hantée à la « Shining » de Stanley Kubrick, ou à la « Resident Evil », le célèbre jeu vidéo de zombies. C’est selon. Bâtie en 1917 par les colons français, la station climatique du Bokor, dans le sud du pays, n’est plus qu’une petite ville fantôme, un amas de vieilles pierres et de murs décrépis balayé par le vent et la brume. Longtemps interdits au public à cause des mines, les lieux se visitent par l’intermédiaire d’agences basées à Kampot ou à Kep. Retour en images.
Une pirogue à moteur, au large de la station balnéaire de Kep. (Photo: P.M.)
Une étouffante canicule s’est installée au Cambodge depuis deux mois. Le mercure a crevé le plafond frôlant les 38°C dans la capitale, pour un taux d’humidité de 42%. Loin d’être épargné, le sud du pays bénéficie toutefois d’un petit vent salvateur. Comme sur cette photo, prise récemment au large de Kep, une station balnéaire prisée par les Cambodgiens.
Une paysanne récoltant le latex, un suc de l’hévéa. (Photo: P.M.)
Ils refusent d’être les dindons de la farce. Dans la région de Kampong Cham, les hévéaculteurs du village de Kamporn – qui produisent du latex servant à la fabrication du caoutchouc – se rebiffent contre le diktat des industries de transformation locales. Propriétés de riches entrepreneurs khmers, celles-ci leur achètent leur production au rabais, tandis que le caoutchouc flambe sur les places financières. Les paysans ont donc décidé de créer leur propre entreprise de transformation, mais peinent à décrocher des fonds suffisants pour mener leur projet à bien.
En reportage dans la région avec une confrère khmère, nous avons remonté la chaîne de production du caoutchouc, caractérisée par une forte opacité.
Quelques images :
1. Le producteur de latex
Propriétaire d’une plantation de plus de 100 hectares, Nay Sokhorn a investi 70 000 dollars avec six autres producteurs pour construire leur propre usine de transformation. (Photo: P.M.)
2. L’intermédiaire
Khân se charge de collecter le latex auprès des hévéaculteurs. (Photo: P.M.)
3. Dans l’usine de transformation
Un ouvrier viêtnamien, sans aucune protection malgré les vapeurs de produits chimiques. (Photo: P.M.)
Le « Troddi » est une des plus célèbres danses folkloriques du nouvel an khmer. Son but : chasser les malheurs de l'année précédente. (Photo: P.M.)
Du 14 au 16 avril, les Khmers célèbrent la nouvelle année. Et plus précisément, l’entrée dans l’an 2554, placé sous le signe du Tigre, selon le « Moha Sangkran », l’horoscope bouddhique. Pour plus d’infos sur cet événement, cliquez ici !
Un partisan de Thaksin Shinawatra, dimanche 11 avril. (Photo: P.M.)
Malgré les heurts sanglants du 10 avril, les partisans de Thaksin Shinawatra souhaitent continuer leur croisade contre l’actuel gouvernement. « Les militaires ne nous feront pas quitter quitter Bangkok, témoigne une jeune militante, au lendemain des affrontements qui ont coûté la vie à 21 personnes, d’après le dernier bilan des secours. Nous sommes de plus en plus nombreux, et de nouveaux camarades nous rejoignent chaque jour, venant de toutes les provinces du Royaume. »
Ainsi, moins de 24 heures après la bataille de rue la plus grave depuis près de 20 ans, les « chemises rouges » se mobilisaient de nouveau près du monument de la Démocratie, au centre-ville de Bangkok :
Pour aller plus loin :
Pour suivre l’évolution du mouvement des « chemises rouges », je recommande le très riche dossier de Courrier international sur le sujet, mis à jour régulièrement.
Des "chemises rouges" devant un véhicule militaire abandonné près du monument de la Démocratie. (Photo: P.M.)
Bangkok, samedi 7 avril, minuit passé. Les rues et boulevards de la mégalopole sont quasi-déserts. Un peu plus tôt, aux alentours de 18 h, de violents heurts ont éclaté dans la capitale entre environ 50 000 « chemises rouges », opposants à l’actuel Premier ministre Abhisit Vejjajiva, et les forces de l’ordre. Bilan (provisoire) : dix-huit morts, dont un cameraman japonais de l’agence Reuters, et plus de 800 blessés d’après les secours. Les affrontements se sont déroulés dans le quartier touristique de Ratchaprasong, dont les immenses centres commerciaux high tech et de luxe étaient fermés depuis plus d’une semaine. Cet événement fait ressurgir le souvenir des manifestations de 1992, qui avaient fait des dizaines de morts. Après un mois de manifestations pacifistes, le pays n’a, semble-t-il, jamais été aussi proche de la guerre civile.
Ainsi en se rapprochant de Ratchaprason, on croise à intervalle régulier des « rouges » en moto ou tassés dans des pick-up, exhibant drapeaux, foulards et chapeaux de leur couleur fétiche, les sonos hurlant à tout rompre. Mais une fois arrivé, plus un chat. Il ne reste qu’une poignée de journalistes épuisés, installés non loin d’un léger barrage policier. « Pour l’instant on se repose un peu après la journée qu’on vient de vivre, explique un reporter français, l’air las. On a vu trop de sang pour aujourd’hui. Mais je ne serais pas étonné de voir l’armée ouvrir franchement le feu à la prochaine confrontation ». Mais pour l’heure, après la bataille, « les manifestants sont repartis du côté de Khao San Road [quartier de la vieille notamment prisé par les routards] », poursuit-il.
« Ils ont tiré sur nous avec de vraies balles »
Sur place, près du monument de la Démocratie, plusieurs milliers d’entre eux sont rassemblés autour d’une grande scène, écoutant leurs leaders se succéder interminablement au micro. Aussi choqués que remontés par la tournure des événements, ils évoquent volontiers la bataille de rue l’après-midi. « Je n’étais pas en première ligne, mais c’était horrible, explique l’un d’entre eux, les yeux écarquillés, tirant nerveusement sur sa cigarette. J’ai vu des militaires tabasser des gens alors qu’ils étaient à terre ! Et là, j’ai vraiment eu la trouille… » Un autre, au look de motard, bandana rouge sous ses cheveux longs, critique lui-aussi « le comportement des soldats ». « Ce sont des hommes violents et incompétents ! Ce sont eux qui ont tué ce journaliste japonais ! », dit-il.
Un peu plus loin, des manifestants posent fièrement sur des carcasses de blindés abandonnés quelques heures plus tôt. « Ils [les militaires] n’ont réussi à nous faire déguerpir d’ici », lance une manifestante. « Mais ils ont tiré sur nous avec de vraies balles », poursuit-elle, choquée. Un de ses amis sort son appareil photo et montre une image sur laquelle on peut voir trois douilles ramassées sur place. « Ces balles ont été tiré au M16 [un fusil d'assaut américain] », assure-t-il. De même, le monument de la Démocratie n’a pas été épargné par les coups de feu, comme le montre cette photographie d’une fresque prise le lendemain. De son côté, Panitan Watanayagorn, le porte-parole du gouvernement, a affirmé quelques heures plus tard que les militaires n’avaient pas fait usage de balles réelles. Selon lui, les premiers examens indiquent que ces des munitions sont différentes de celles utilisées par l’armée.
Quelques images des lieux, prises ce dimanche matin :
Pour mémoire :
Les « chemises rouges », soutiennent Thaksin Shinawatra, l’ancien Premier ministre du pays, qui a perdu le pouvoir en 2006, après un putsch militaire. Sous le coup d’une condamnation à deux ans de prison pour corruption, il vit désormais en exil à l’étranger. Ainsi les « rouges » militent pour la démission de l’actuel Premier ministre, Abhisit Vejjajiva, couplée à la tenue d’élections législatives anticipées. À noter que courant 2009, Hun Sen, le Premier ministre du Cambodge, a nommé Thaksin Shinawatra –« son éternel ami » selon ses dires –, au poste de conseiller économique du Royaume, provoquant ainsi l’ire du Royaume voisin.